Bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles, polaire trop grande pour lui, un grand garçon de 18 ans suit le rythme imposé par un homme qui le devance sur un vélo. Sur la piste en gravier rouge du campus, dans le froid et l'anonymat complet, Andy Murray, n°66 mondial au classement ATP (association du tennis professionnel) troisième meilleur joueur d'outre-Manche derrière Tim Henman, n°36, et Greg Rusedski, n°38, effectue un test VMA (volume maximal aérobie) - indice d'aptitude physique - au Centre d'Expertise de la Performance (CEP), en compagnie d'Alain Quintallet.
La scène d'hier matin pourrait surprendre. En fait, la boucle est vite bouclée, entre celui qui était encore le préparateur de l'équipe de France masculine de hand lors du Mondial 2005 en Tunisie, au mois de février dernier, le centre dijonnais et l'espoir du tennis britannique.
Sur le circuit aux côtés de Sébastien Grosjean, l'ex-entraîneur dijonnais est entré en contact avec des membres de l'équipe de coupe Davis de Grande-Bretagne, lors du tournoi du Queen's, en juin dernier. Des hommes comme Jean-Pierre Bruyère, le médecin. " Au niveau de la préparation physique, le tennis est en retard ", explique ce dernier. Pour changer les choses, ils se sont donc tournés " vers le sport collectif qui a été le premier champion du monde en France ". Mais aussi vers quelqu'un qui travaillait en collaboration avec Gilles Cometti.
" L'amélioration de l'athlète "
" Ici, ce n'est pas une recherche fondamentale. Le but est vraiment l'amélioration de l'athlète ", souligne Bruyère. Arrivé dimanche soir, le jeune Ecossais n'a pas vraiment eu le temps de visiter la Cité des Ducs, pendant ces deux derniers jours. Il s'est soumis à une batterie de tests très complète : tests de vitesse sur 10 m, de détente, de puissance. Analysé, l'ensemble permet d'établir, de façon scientifique, des pistes de travail.
" Par rapport à la norme des sportifs, on a vu qu'ils avaient des ischios plus forts par rapport aux quadriceps ", précise Cécile Rochereux, responsable au CEP, au sujet de Rusedski et Murray. L'investigation va de l'observation de la qualité des fibres musculaires - rapides ou lentes - conditionnant une activité en explosivité ou en endurance, jusqu'à la mise en évidence de lacunes, de déséquilibres droite-gauche au niveau des membres supérieurs et inférieurs. Ce qui s'est révélé pour Andy.
" Je n'ai pas envie d'être blessé "
" Quand il doit jouer trois-quatre heures, Andy a des crampes au niveau de la cuisse gauche ", souligne Judy Murray, maman de la star montante et entraîneur national. " En fait, Andy a été blessé au genou droit. Grâce aux tests, nous avons vu qu'il avait un quadriceps gauche plus développé que le droit. "
De plus, la problématique est particulière pour Andy Murray, qui, passé de la 427e place ATP à la 66e lors de la dernière année, débute une carrière pro. Il a deux mois pour préparer une saison qui risque d'être très chargée. " Je vais beaucoup jouer cette année et je n'ai pas envie d'être blessé ", précise le jeune champion. Sans compter les domaines techniques dans lesquels il doit progresser, comme le service, ce qui va lui demander de se renforcer musculairement au niveau des épaules et du dos.
Finalement, il n'est donc pas si étonnant de voir débarquer Rusedski, Murray, Henman et Jeremy Bates, le capitaine de l'équipe de coupe Davis de Grande-Bretagne, à Dijon.
Stéphan LETOURNEAU
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